"A notre époque, la vielle à roue fait partie des instruments considérés comme originaux, parce qu'ils sont peu répandus et suscitent la curiosité, mais il n'en a pas toujours été ainsi. L'histoire de la vielle, longue et compliquée, quelque fois même énigmatique, est riche en rebondissements."
Ce sont les premiers mots qui ouvrent le livre, très intéressant et agréable à lire, de Françoise Bois Poteur et Nicole Pistono : "La vielle à roue en France, répertoire et mentalités" (Editions Zurfluh, collection "Le Temps Musical").
Les deux auteurs emmènent le lecteur à la découverte de cet instrument associé à la musique populaire, aux mendiants aveugles parcourant la campagne... Il n'en a pas toujours été ainsi. La vielle à roue a aussi été très à la mode dans la "haute société". Au début de la Régence, la vielle est encore dans la rue et son répertoire est fait d'airs anciens et populaires, le même que celui utilisé par le Théâtre de la Foire.
La mode des Foires est à l'origine de son ascension. Dans les années 1730, des membres de l'aristocratie apprennent à jouer de l'instrument. Le 18e siècle est aussi une époque où la lutherie de la vielle est très florissante avec des facteurs comme Louvet, Lambert... Vers la fin du siècle, les milieux modestes, ceux des artisans, de la petite bourgeoisie, des domestiques, là où le répertoire des vaudevilles n'est pas oublié, vont donner à la vielle de nombreux adeptes. La vielle retrouve donc les milieux populaires. C'est aussi l'époque où apparaît la mode des vauxhalls, venue d'Angleterre, bâtiments et jardins où sont proposés des jeux et plusieurs activités divertissantes dont le bal. Partout règne la contredanse et la vielle excelle à la jouer...
Dans ce livre, Françoise Bois Poteur et Nicole Pistono déterminent les temps forts de l'histoire de la vielle en France, depuis le 18e siècle.
"La façon dont elle est passée au devant de la scène à chaque fois qu'une occasion lui a permis de s'exprimer frappe l'observateur : mode des Foires au 18e siècle, intérêt des Romantiques pour le peuple au 19e siècle, attachement au folklore à la fin du 19e siècle et dans les années '40, renouveau des musiques rurales considérées comme une contre- culture dans les années '70, moyen de retrouver ses racines à partir des années '80. Suite à cette remise à l'honneur, des musiciens, des luthiers ont souvent cherché à élargir son champ d'action. Notre fin de 20e siècle est d'ailleurs particulièrement significative à cet égard." expliquent, dans leur conclusion, les deux auteurs. Persuadés que "le renouveau amorcé dans les années '70 n'est pas terminé" et que "la vielle à roue tient toujours une place limitée mais certaine dans le paysage musical de la France de la fin du 20e siècle".
Voici un livre très intéressant à lire ! Au delà de l'histoire d'un instrument, c'est aussi une approche d'une autre histoire de la musique que celle, traditionnelle, vue à travers les grands compositeurs, qui est offerte à notre lecture et notre réflexion.