Le Messager - Les Amis de la Musique
Un
Stradivarius en vos mains ?
Au
fond du grenier de votre grand-père, sous le lit de votre grand-oncle d’Amérique
ou de Vendée, sur la commode de votre grand-mère, empoussiéré dans son étui,
vous avez trouvé un violon.
Vieux le violon ! Il
est dans la famille depuis tant d’années que de mémoire d’homme, personne
ne se souvient de son existence. Une photo, vieille aussi, attesterait sa présence
familiale depuis…
Soufflant la poussière,
ouvrant l’étui, le violon apparaît et en son intérieur, une étiquette qui
donne à votre visage un sourire de satisfaction et devant vos yeux, brillent
des euros ! L’étiquette est claire : il s’agit d’un violon signé
par un nom très connu dans le monde de la lutherie, même en dehors, tant ses
violons se vendent à prix d’or et ont les faveurs des médias :
Stradivari ! L’année indiquée lui donnerait un âge vénérable, près
de trois cents ans !
Pour vous, c’est évident,
vous tenez entre les mains un violon de prix, une véritable mine d’or. Et
pourtant, il vous faudra déchanter !
Il ne peut s’agir que
d’une copie qui n’a nullement la valeur, ni financière ni au niveau de sa
sonorité, d’un violon construit par le Maître de Crémone.
Principalement en
Allemagne à Markneukirchen et en France à Mirecourt, des violons ont été
fabriqués, dans le courant du 19e siècle, par centaine imitant les
modèles de Stradivari. Ils étaient vendus à des prix abordables au plus grand
nombre. D’autres grands noms de la lutherie italienne sont concernés par ces
copies qui n’avaient pas pour but d’induire en erreur l’acheteur mais
d’indiquer, par l’étiquette apposée à l’intérieur d
u
violon, le modèle choisi pour être copié.
Ainsi, aujourd’hui,
l’origine de ces instruments étant inconnues, l’étiquette peut prêter à
confusion pour une personne non avertie et méconnaissant le monde de la
lutherie.
Des copies réalisées après
1891 peuvent également comporter un pays d’origine, écrit en anglais :
« Made in Czechoslovakia » ou simplement « Germany ».
En Allemagne, à
Bubenreuth, Mittenwald, Markneukirchen, des violons de ce type ont été fabriqués,
de manière artisanale (à la main) ou industrielle (machine) et jusqu’en
1957, les labels étaient exactement les mêmes que ceux propres au Maître crémonais.
Après cette date, la mention « copy of » est apparue sur les étiquettes.
D’autres endroits de par
le monde (Bulgarie, Chine, Tchécoslovaquie, Japon, Grande-Bretagne…) ont vu
pareilles productions de copies d’instruments de Stradivari entreprises.
Des millions de modèles
existeraient !
Quoi qu’il en soit, vous
avez entre les mains un instrument de musique et rien ne dit qu’il ne vous
apportera pas du bonheur musical.
Si vous êtes intéressés
par sa valeur, le meilleur conseil à vous donner est de vous rendre chez un
luthier professionnel. Il en effectuera l’expertise et vous indiquera ses
qualités… et ses défauts. Sa valeur dépendra, bien évidemment, de son état
de conservation.
Vous avez peut-être entre
les mains un intéressant violon qui vous permettra de faire vos premiers coups
d’archet et vous accompagnera quelques années durant, voire votre vie entière,
dans votre univers musical.
Vous n’aurez pas gagné
le pactole mais bien un ami fidèle et… exigeant !
Dominique Coune
Pour nous contacter : musique@pi.be
© DoC - Le Messager - Les Amis de la Musique. Spa, Octobre 2002.