La Musique au fusil

Claude Ribouillault évoque la Grande Guerre à travers la musique, "fenêtre du rêve face au désespoir"

 



Evoquer les conflits entre les hommes, c'est avant tout parler de techniques guerrières, d'armes, d'engins meurtriers... C'est rarement parler des hommes et de leurs souffrances.

En publiant "La musique au fusil", Claude Ribouillault, bien connu dans le monde de la musique traditionnelle et populaire, lève le voile sur un aspect peu connu de la guerre 14-18, rarement évoqué dans les livres spécialisés : la musique et principalement l'ingéniosité de ces hommes à se divertir, à créer de la musique et des instruments de musique...

Dans la boue des tranchées, dans des baraquements de fortune en seconde ligne, dans les camps de prisonniers, ces hommes rivalisaient d'imagination pour sortir de l'horreur de leur quotidien, du bruit de la guerre. Claude Ribouillault nous entraîne à la rencontre de ces hommes, de cette musique vécue comme un antidote, une soupape.

Ici, l'instrument n'est ni arme ni meurtrier mais musique tout simplement.

L'auteur multiplie les témoignages et les documents pour nous faire découvrir ce pan méconnu de la Grande Guerre. Nombreuses sont les photographies qui illustrent cette vie de la musique, ces instants de rêve dans ce contexte de guerre atroce. Autre source de Claude Ribouillault pour évoquer cette guerre à travers ces instants musicaux : les carnets de chansons manuscrits, les partitions et les collectages directs effectués auprès d'anciens soldats ou de leurs familles. violon

Sans oublier ces instruments de musique parfois arrivés par colis postal mais aussi souvent fabriqués avec les moyens du bord et des outils de fortune : boîtes de cigares, gourdes...

D'une tranchée, on entend le son de cet accordéon passer au-dessus des lignes, perdu dans le silence de la guerre omniprésente. Dans les camps, on voit ces prisonniers comme attachés à ces instruments de fortune... Toute une vie musicale était née au sein même de la guerre et Claude Ribouillault la découvre à nos yeux de lecteur, nous en fait saisir l'importance.

A cause de la guerre, des hommes de différentes origines sociales et géographiques se sont rencontrés. Avec eux, leurs musiques... C'est donc un véritable brassage musical qui naît durant cette guerre et les années qui s'ensuivirent. C'est aussi l'apparition du jazz avec l'arrivée des troupes américaines. Mais si, comme l'écrit Claude Ribouillault, l'Europe entre en syncope, les Américains rapportent, sur leur sol, un goût marqué pour le saxophone. Il était déjà apparu aux Etats-Unis en 1914 mais était peu répandu jusqu'alors.

La guerre, aussi cruelle et horrible soit-elle, a aussi permis d'écrire une page de l'histoire de la musique par ces échanges entre musiciens de cultures différentes, venus des villes et des campagnes, pratiquant des styles divers : musiciens de mariage, cornemuseux, violonistes, clarinettistes...

C'est un livre profondément humain qu'il nous a été donné de découvrir sous la plume de Claude Ribouillault, mettant en scène l'homme et la musique au plus profond de l'horreur de la guerre.

"Le bouquin, par une part importante, est basé sur les cahiers de chansons, par un vécu quotidien de la guerre, par des monologues écrits sur le vif. La guerre est une saloperie monstrueuse. La musique prend un côté essentiel. Depuis que j'ai écrit ce livre, je ne vais plus de la même façon dans une salle de concerts. Le concert apparaît comme une parenthèse. La musique permet d'oublier le temps qui passe. Ces types en seconde ligne, qui avait peur de remonter au front, organisaient des soirées, sans femme. C'était une parenthèse. Le quotidien qui pèse s'envolait. Dans une période dramatique, on va plus vite à l'essentiel, à la camaraderie, à la solidarité et à la musique." nous a confié Claude Ribouillault, rencontré à Héron en Belgique.

Pour ce livre "La musique au fusil", Claude Ribouillault a reçu deux récompenses d'importance : le Prix de l'académie Charles Cros et celui des Muses à Musicora 97.

Depuis longtemps, Claude Ribouillault s'intéresse à la musique et aux instruments populaires. Sur le sujet, il a amassé pas mal de documentations. Dans sa collection, on trouve pas moins de 2000 photos de musiciens pendant la guerre de 14-18 ainsi que des instruments de musique. De son grand-oncle Henri-Gautier, soldat de cette première guerre mondiale, il a reçu en héritage un cahier de chansons de guerre.

"Je chantais ses chansons et pendant le mouvement folk, j'en ai bavé. Je souhaitais les défendre sans passer pour un militariste. Je voulais prouver aussi que le sujet est intéressant et riche, qu'il y a là une vraie matière musicale. Il suffisait de documenter le sujet pour le rendre crédible. J'étais agacé qu'il n'était pas reconnu. J'ai créé des collections pour prouver qu'il y avait une matière à traiter... Je n'avais pas une idée de collection mais de créer une série suffisante pour faire une typologie. Je suis passionné par les vieux objets que je nomme "objets à vif"." raconte encore Claude Ribouillault lorsque l'on évoque son intérêt pour les cahiers de chansons, les instruments populaires...


La photo est tirée du livre de Claude Riboullault et illustre un violon fabriqué en juillet 1917 à la relève de Verdun. La caisse est une gourde de soldat, la mentonnière une boîte de sardines. Il a été trouvé dans la région de Montpellier.



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