Sur les chemins du baroque et du jazz...

Le facteur de flûtes à bec, Philippe Bolton, a créé une flûte électro- acoustique

 



Philippe Bolton, l'un des huit facteurs de flûtes à bec en France, offre à cet instrument qui a traversé les siècles de nouvelles possibilités sonores. En déposant récemment un brevet de flûte à bec amplifiée, le facteur français permet à la flûte d'explorer d'autres univers sonores et rythmiques que ceux dans lesquels on confine traditionnellement l'instrument. La flûte, grâce à Philippe Bolton, va pouvoir quitter les partitions baroques, folkloriques, de la Renaissance... pour ouvrir son répertoire au jazz, à tout ce qui musique électro-acoustique et pourquoi pas au rock !

Jusqu'ici, depuis 1974 qu'il exerçait avec passion son métier de facteur de flûtes à bec, Philippe Bolton produisait des copies d'instruments historiques des XVIe et XVIIe siècles, des créations personnelles aussi... Sans modifier l'aspect esthétique traditionnel de l'instrument, il offre à la flûte à bec un essor nouveau qu'il explique aux lecteurs du Messager.

"L'idée est née pendant un concert de Didier Lockwood. Ce violon, avec sa puissance et ses multiples sonorités me fit rêver d'une flûte à bec qui ne serait plus appelée "flûte douce" et qui pourrait être utilisée dans des répertoires autres que ceux dans lesquels elle me semblait enfermée. Cette idée est restée à l'état de rêve pendant quelques années car il faut un minimum de technique, d'équipement et d'expérience pour mettre au point un instrument amplifié" explique Philippe Bolton.

L'arrivée dans son village de Villes sur Auzon d'un facteur de guitares (électriques entre autres) et d'un sonorisateur, ainsi que la rencontre avec un flûtiste à bec, musicien de jazz, ont été des élements catalyseurs qui l'ont incité à poursuivre son rêve et à développer son projet.

"La sonorisation d'un instrument à vent est une technique différente de celle des instruments à cordes. Si on peut fabriquer un violon ou une guitare électrique sans caisse de résonance, il est impossible de faire sonner une flûte sans perce ! La colonne d'air est toujours présente et c'est au niveau de celle-ci que doit se faire la prise de son. Le type de microphone ne sera donc pas le même et il faut trouver l'endroit dans l'instrument où chaque note peut être captée" continue Philippe Bolton.

Il effectue ses premiers essais sur une flûte alto en fa (40 hz), copie d'un instrument de Hotteterre de la fin du XVIIe siècle. Il allie ainsi modernité et patrimoine historique dans une démarche qui va dans le sens du progrès. Comme avant lui, moult facteurs qui ont permis à la facture instrumentale d'évoluer vers les instruments que nous jouons aujourd'hui !

D'emblée, le résultat lui parait concluant mais si la flûte alto était devenue la flûte à bec classique, pour des raisons pratiques de tonalité, elle ne lui sembla pas être l'instrument idéal pour aborder des répertoires plus modernes. Il développa donc son idée sur une flûte ténor en do. flute

Ne possédant pas ce modèle au diapason moderne, il en créa un de toutes pièces. Aidé par des techniques de calcul informatique, notamment un logiciel "Resonans" qui permet de simuler le fonctionnement d'un instrument à vent, Philippe Bolton prit comme idée de départ une construction en quatre parties, dans l'esprit d'une flûte ténor de Stanesby Junior, conservée au Musée de la Musique à Paris, et tournée en forme d'un traverso. La ressemblance s'arrête là car les profils intérieurs sont très différents.

"Une perce tronconique très large lui donne un registre grave très puissant avec néanmoins des aigus clairs et faciles ainsi qu'une palette assez riche de sons multiphoniques. L'adjonction d'une clé de pavillon lui donne une étendue chromatique sur deux octaves et une sixte (du do grave au troisième la). Même sans amplification, cette flûte pouvait trouver sa place dans la musique de notre temps. La prise de son ajoute une possibilité de niveau de volume impossible à atteindre normalement avec une flûte à bec (pour jouer avec des instruments tels le piano, la trompette, les autres instruments utilisés pour le jazz ou encore pour jouer en plein air ou dans de très grandes salles)." explique encore Philippe Bolton.

Munie d'un micro, la flûte peut donc être amplifiée mais à l'instar des autres instruments modernes comme les guitares électriques, les synthétiseurs, elle a désormais accès à une toute nouvelle palette sonore, à la transformation du son par l'utilisation conjointe d'appareils électroniques tels que le processeur d'effets ! Philippe Bolton élargit, grâce à son rêve devenu enfin réalité, le répertoire de la flûte à bec à la musique la plus contemporaine qui soit.

Mais l'instrument qu'il a construit et le brevet qu'il a déposé n'oublie en rien ses origines et son répertoire habituel lui est toujours bel et bien accessible. Le micro peut se retirer de l'instrument aisément. Un cache vient alors se visser dans son emplacement et la flûte de Philippe Bolton peut rejoindre ses soeurs dans un ensemble musical traditionnel...



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