Planning familial et société: actualités

Contraception moins chère
A partir du 1er mai, les jeunes filles de 15 à 20 ans bénéficieront d'une réduction mensuelle d'environ 3 euros sur les contraceptifs sur simple présentation de la prescription et de la carte SIS lors de l'achat en pharmacie. plus d'infos

Avortement. " C'est une faute grave à l'égard des femmes "
Trois ans après le vote de la loi du 4 juillet 2001, l'accès à une IVG en France est toujours aussi difficile. Les associations tirent la sonnette d'alarme.

La percée de la pilule du lendemain, la persistance de l'avortement
Comment lire les résultats du "Baromètre santé 2000"?

Avortement. " C'est une faute grave à l'égard des femmes "
Trois ans après le vote de la loi du 4 juillet 2001, l'accès à une IVG en France est toujours aussi difficile. Les associations tirent la sonnette d'alarme.
Après vingt-six années de lutte, la loi du 4 juillet 2001 sur l'avortement et la contraception permettait de penser une nouvelle fois que la France remplissait son devoir à l'égard des femmes et de leur autonomie. La bataille était gagnée de haute lutte sur quatre points primordiaux : la dépénalisation dans les textes de l'avortement, l'allongement du délai de l'IVG de 10 à 12 semaines (afin d'être dans la moyenne européenne), l'autorisation pour les mineures d'avoir accès à l'IVG sans autorisation parentale et enfin la mise en place de l'avortement médicamenteux en ville. Révoltant est de constater que, trois ans après le vote de cette loi, elle n'est pas ou mal appliquée sur le terrain. Les délais d'attente s'allongent Les blocages sont multiples : Certains centres hospitaliers décident contre la loi de ne pratiquer les avortements que jusqu'à 10 semaines. Les mineures souhaitant avorter sans en prévenir leurs familles sont presque systématiquement refoulées par les médecins. Les délais d'attente pour la première consultation courent parfois sur une durée dequinze jours à trois semaines dans la région Île-de-France et Provence-Alpes-Côte d'Azur, excluant de nombreuses femmes des délais légaux. Enfin, la mise en place de l'IVG médicamenteuse en dehors de l'hôpital est aujourd'hui délibérément bloquée par le gouvernement, dont les membres, à l'époque députés, avaient massivement voté contre la loi du 4 juillet 2001. Or, un arrêté sur la tarification de l'acte en ville et le prix du médicament est nécessaire pour que les médecins de ville puissent prescrire soit la Mifepristone, soit le Misoprostol à sept semaines de grossesse. " Et depuis trois ans, cet arrêté est en attente. C'est une faute grave à l'égard des femmes " a souligné, hier matin, à l'occasion d'une conférence de presse conjointe du Planning familial, de l'ANCIC et de la CADAC, Marie-Laure Brival, responsable de la planification familiale et de l'IVG à la maternité des Lilas. Cette technique d'interruption de grossesse, pourtant validée par l'Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé (ANAES) n'est toujours possible qu'en milieu hospitalier. Certains hôpitaux, dans des réseaux avec les médecins de ville, permettent à des femmes d'avoir accès aux médicaments, mais ces initiatives restent à la marge. Marie-Laure Brival s'engage, quant à elle, de façon militante, à transgresser l'interdit dans son centre de planification familiale. Le groupe socialiste, le 3 juin dernier, a interpellé le ministre de la Santé à l'occasion des questions d'actualités. À la fois sur les décrets tant attendus, mais aussi sur la situation qui s'annonce difficile cet été quant à l'accueil des femmes dans les centres IVG. Un retour à l'ordre moral Muguette Jacquaint, députée communiste a pour sa part affirmé hier, " après tous les efforts qui ont été faits pour en arriver à la loi du 4 juillet 2001, on a été rassuré et on a un peu levé le pied. Les femmes n'osent plus parler d'avortement, la question redevient taboue. " Pourtant, dans un contexte général de recul du droit des femmes, tant au niveau européen qu'au niveau international, la mobilisation doit se faire plus active. Le gouvernement français, qui a tenté de faire passer l'amendement Garraud, ne fait que profiter d'un contexte de retour général à l'ordre moral et d'idéologie réactionnaire dont George Bush est le représentant aux États-Unis. Maya Surduts, de la CADAC, a rappelé que Jean-François Mattei, ex-ministre de la Santé, a toujours refusé de rencontrer les associations. Une lettre vient d'être adressée aux députés. Un manifeste pour l'exercice du droit à l'avortement médicamenteux en ville est adressé aux professionnels de santé. Des cartes postales " Je veux avoir un rendez-vous pour une IVG rapidement "sont à signer et à adresser ensuite au ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy.
Maud Dugrand Article paru dans l'édition du 9 juin 2004.



La percée de la pilule du lendemain, la persistance de l'avortement
LE MONDE | 25.06.04

Finalement, à lire les résultats du "Baromètre santé 2000", les jeunes gèrent assez bien leur sexualité. L'âge d'entrée dans la vie sexuelle ne varie pas au fil du temps - il demeure aux alentours de 17 ans -, le préservatif a toujours la cote, et 86 % des 15-25 ans sexuellement actifs et ne souhaitant pas avoir d'enfant prennent un moyen contraceptif. Lors du premier rapport sexuel, 85 % des 15-19 ans utilisent un préservatif, un chiffre qui, comparé au "Baromètre 1997", ne montre aucun signe de "relapse". "Malgré les contraintes liées à son utilisation et une perception des risques relativisée (arrivée des trithérapies), les jeunes ont su adopter un comportement protecteur", soulignent les auteurs de l'étude. D'ailleurs 45 % des 12-19 ans disent craindre le virus du sida pour eux-mêmes, contre 41 % en 1997. Contrairement aux idées reçues, cette maladie n'a donc pas été oubliée par les plus jeunes. Malgré tout, au regard des taux de recours à l'IVG et à la pilule du lendemain, des progrès restent à faire en matière d'information et d'éducation. Ainsi 7,5 % des filles de 15 à 25 ans déclarent avoir subi une IVG (10,4 % chez les 23-25 ans et 5,9 % chez les plus jeunes) et 13,9 % ont eu l'occasion d'utiliser la pilule du lendemain. Pour Philippe Lamoureux, directeur général de l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (Inpes), ce recours "important" à la contraception d'urgence est "préoccupant". "La pilule du lendemain ne doit pas devenir un produit de confort qui permettrait de faire l'économie d'un vrai contraceptif", estime-t-il. Le docteur Elisabeth Aubény, présidente de l'Association française de contraception, a une tout autre analyse des chiffres du "Baromètre santé". "13,9 % : tant mieux. Il s'agit de filles responsables qui ont été conscientes qu'elles avaient pris un risque, il ne faut pas les stigmatiser, même si je préférerais qu'elles aient une contraception efficace, insiste-t-elle. Je dirai même que la pilule du lendemain n'est pas assez utilisée, car nous voyons encore trop de jeunes filles qui arrivent pour une IVG en disant "Je ne me croyais pas à risque" parce que, par exemple, elles pensent que l'ovulation n'est possible qu'au 14e jour du cycle." L'étude de l'Inpes montre que 67 % des jeunes femmes ayant utilisé la pilule du lendemain l'ont obtenue sur ordonnance d'un médecin, 10 % auprès du Planning familial, 9,4 % directement en pharmacie, 3,7 % auprès d'une amie et 4 % avaient déjà une plaquette chez elles. Réalisée en décembre 1999, cette étude ne prend pas en compte l'autorisation donnée aux infirmières scolaires, fin 2000, de délivrer la contraception d'urgence. Selon une enquête du ministère de l'éducation nationale, 15 171 élèves ont demandé la pilule du lendemain au cours de l'année 2001- 2002, et 5 826 l'ont obtenue. A l'heure actuelle, aucune étude n'a encore évalué l'impact du recours à la contraception d'urgence sur le nombre d'IVG. S'il est constaté une diminution du nombre d'IVG chez les jeunes filles, on pourra affirmer que la pilule du lendemain est utilisée à bon escient, c'est-à-dire de manière exceptionnelle. Dans le cas contraire, il faudra en conclure que cette pilule est utilisée comme un moyen contraceptif régulier, ce que tous les professionnels souhaitent éviter.
Sandrine Blanchard

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